
Prenez garde à la peinture... Et à Francis Picabia !
Rémy Ricordeau - 101'
VF / STA / STE
Après avoir, avec son ami Marcel Duchamp, décrété la mort de l'art, Francis Picabia est devenu une référence incontournable aux yeux de ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'art moderne et son rapport à la liberté.
« Notre tête est ronde pour permettre à la pensée de changer de direction » affirmait-il. Il convient de prendre son humour au sérieux : la cohérence de sa démarche réside en effet dans son insatiable curiosité et son goût immodéré de la vitesse et du jeu, cette soif de vivre désespérée qui ne s'est accommodée d'aucun conformisme ni d'aucune autre règle que celle du désir de tout expérimenter.
S'il a par ailleurs été écrivain, poète et amateur d'automobiles, la vie dans tous ses excès était à ses yeux préférable à son œuvre ; et le jeu des passions à la morbidité des dogmatismes.
Ce film se propose ainsi de retracer la vie de Francis Picabia en soulignant l'importance de sa singularité dans l'histoire intellectuelle et artistique du 20ème siècle.
Francis Picabia... En 3 dates
Mars 1909
Bien avant sa rencontre avec l’avant-garde, Francis Picabia s’était fait connaître pour ses œuvres impressionnistes : en 1908, sa première monographie célébrait un artiste “vibrant et sincère” dont la passion “pour nos campagnes et nos champs a conduit à vivre en pleine Nature”. L’année suivante, en 1909, il rompt son contrat avec le marchand Gustave Danthon qui disperse pas moins de 96 œuvres lors d’une vente publique à l’Hôtel Drouot. Le style de Picabia, lui, commence l’une de ses nombreuses évolutions.
1924
On connaît l’année 1924 comme l’année du premier manifeste du surréalisme, mais c’est déjà l’année où Picabia rompt avec Breton, avec qui il avait fortement collaboré sur la revue “Littérature” à partir de 1920. Le dernier numéro de la revue 391, créé par Picabia, porte le titre sarcastique de “superréalisme”. Il voit dans ce mouvement une “pauvre imitation de Dada” dont Picabia s’était déjà séparé en 1921, bien que l’artiste “anti-tout” en gardera le féroce comportement iconoclaste.
Quand un journaliste lui demande : “Qu’est-ce que vous avez fait après Dada ?” il répond “Oh, j’ai fait du Picabia.”
Juin 1945
Il s’installe à Paris où son appartement devient un lieu de rassemblement pour la jeune avant-garde de l’époque, presque comme il le fut pour les premières activités de Dada au début des années 20. Les jeunes artistes viennent le consulter : à cette époque, il est âgé de 66 ans. Il réintègre le monde de l’Art et son actualité : il expose régulièrement le Salon des Surindépendants et le Salon des Réalités Nouvelles.
Fidèle à lui même, les années 40 pour lui sont marquées par une ambivalence politique signe de son individualisme antisocial : Picabia continue de faire du Picabia et son style n’aura de cesse de changer au cours de ses années d’activité.
“La rupture chez Picabia se produit tout le temps, donc finalement le quotidien de la rupture ce n’est plus la rupture d’une certaine façon.” - Pierre Arnauld



