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Je ne mange pas de ce pain-là : Benjamin Péret, poète, c'est à dire révolutionnaire

Rémy Ricordeau - 102'

VF / STA / STE

Bien que le poète Benjamin Péret ait été avec André Breton un des principaux animateurs du mouvement surréaliste, il reste méconnu du grand public. En retraçant ses divers engagements poétiques et politiques, qui ont été une constante de toute sa vie, ce film se propose de le faire redécouvrir au sein d'une aventure intellectuelle collective qui aura durablement marqué le XXème siècle.

Éternel réfractaire à l'autorité quelle qu'elle soit, les combats qu'il a menés dans le monde des idées et celui de la politique l'ont été au service d'une conception de l'émancipation humaine qui supposait à ses yeux la liberté la plus absolue : celle de l'expression sensible comme celle, concomitante, de la pensée critique.

Novateur, dans sa démarche poétique autant que dans sa réflexion politique, les fulgurances dont il a nourri son œuvre demeurent aujourd'hui d'une brûlante actualité.

Benjamin Péret... En 3 dates

13 mai 1921

Le procès de Barrès est l’une des premières manifestations de grande importance du mouvement Dada. Procès fictif de Maurice Barrès, influent écrivain nationaliste, pour “crime contre la sûreté de l'esprit”.
Benjamin Péret participe en temps que témoin à charge et arrive costumé en soldat inconnu, avec un masque à gaz de soldat allemand, et répondant en allemand aux questions du président du tribunal interprété par André Breton.

Pierre Deval, peintre, raconte : “évidemment, le tumulte a été absolument à son comble… d’ailleurs on n’entendait plus ni les questions ni les réponses, c’était des hurlements épouvantables.”

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1936

Début des conflits en Espagne : encarté la même année au POI (parti ouvrier internationaliste), Benjamin Péret se rend en Espagne pour établir le contact avec le POUM (parti ouvrier d’unification marxiste) et participer à la révolution. Il connaît rapidement une forte désillusion.

Il raconte, dans une lettre à André Breton datée du 5 septembre 1936 : “Ici on retourne tout doucement à l’ordre bourgeois. Tout le monde s’avachit lentement. Les anarchistes s’embrassent sur la bouche avec les bourgeois de la gauche catalane et le POUM leur fait des sourires à n’en plus finir.”

L’année suivante, il participera aux combats aux côtés d’une milice anarchiste “tant que rien

d’intéressant ne m’appellera ailleurs” déclara t-il.

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1956

Parution dans la revue Marco Polo de “L’art populaire du Brésil”. Comme beaucoup d’autres surréalistes, Benjamin Péret prends grand intérêt dans la culture latino-américaine et ses mythes. Dès les années 30, il commence un grand travail ethnographique qu’il reprend lors d’un nouveau séjour au Brésil dans les années 50.

“L’apparition de l’art populaire étranger à toute croyance religieuse correspond non seulement à un besoin de parer la vie propre à tous les hommes, mais aussi à une désaffection, sans doute inconsciente des formes religieuses traditionnelles.” - Benjamin Péret, L’art populaire du Brésil

Benjamin Péret... En 3 extraits

Sur la colline qui n’était inspirée que par les lèvres peintes

les yeux blancs s’ouvrent à la lumière de la fête

et la respiration va mourir de sa belle mort

On dirait qu’une main

se pose sur l’autre versant de la colline

et que les hommes crient

C’était du ciel de Dieu que tombaient les paroles absurdes

Maintenant partons pour la maison des algues

où nous verrons les éléments couverts par leur ombre

s’avancer comme des criminels

pour détruire le passager de demain

ô mon amie ma chère peur

Immortelle maladie - 1924


Pue pue pue

Qu’est-ce qui pue

C’est Louis XVI l’oeuf mal couvé

et sa tête tombe dans le panier

sa tête pourrie

parce qu’il fait froid le 21 janvier

Il pleut du sang de la neige

et toutes sortes de saletés

qui jaillissent de sa vieille carcasse

de chien crevé au fond d’une lessiveuse

au milieu du linge sale

qui a eu le temps de pourrir

comme la fleur de lis des poubelles

que les vaches refusent de brouter

parce qu’elle répand une odeur de dieu

dieu le père des boues

qui a donné à Louis XVI

le droit divin de crever

comme un chien dans une lessiveuse

Louis XIV s’en va à la guillotine (Je ne mange pas de ce pain-là) - 1936


Si l’on recherche la signification originelle de la poésie, aujourd’hui dissimulée sous les mille oripeaux de la société, on constate qu’elle est le véritable souffle de l’homme, la source de toute connaissance et cette connaissance elle-même sous son aspect le plus immaculé. 

En elle se condense toute la vie spirituelle de l’humanité depuis qu’elle a commencé de prendre conscience de sa nature ; en elle palpitent maintenant ses plus hautes créations et, terre à jamais féconde, elle garde perpétuellement en réserve les cristaux incolores et les moissons de demain. Divinité tutélaire aux mille visages, on l’appelle ici amour, là liberté, ailleurs science. Elle demeure omnipotente, bouillonne dans le récit mythique de l’Esquimau, éclate dans la lettre d’amour, mitraille le peloton d’exécution qui fusille l’ouvrier exhalant un dernier soupir de révolution sociale, donc de liberté, étincelle dans la découverte du savant, défaille, exsangue, jusque dans les plus stupides productions se réclamant d’elle et son souvenir, éloge qui voudrait être funèbre, perce encore dans les paroles momifiées du prêtre, son assassin, qu’écoute le fidèle la cherchant, aveugle et sourd, dans le tombeau du dogme où elle n’est plus que fallacieuse poussière.

Le déshonneur des poètes - 1945

Collection Phares : Films documentaires sur le surréalisme

Editeur du site : Les Editions Publialp

Siège social : 10 rue Henri Bergson, 38100 Grenoble (FRANCE) Hébergeur : Wix

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